Quantcast
Channel: kalcha – Mowno
Viewing all articles
Browse latest Browse all 40

Coups de bulles en Juin – l’actualité BD

$
0
0

topbd

Ah, les joies du mois de Juin… Ses maudits examens, ses coupes du monde de footeux, sa « fête » de la musique, son été qui ne sait pas trop s’il doit enfin commencer… Bref, si ce mois de Juin s’annonce interminable pour vous, Mowno vous fait quelques propositions de lecture qui devraient vous aider à vous retrouver en Juillet sans même vous en rendre compte… Bédéportation!

image-1« La mort n’est pas une excuse »
Nicolas Moog
Six Pieds Sous Terre
16,8 x 22,5 cm
48 pages

www.pastis.org/jade
>> voir planche

Commençons ce mois-ci encore par une BD aux accointances musicales. L’auteur, Nicolas Moog, a deux obsessions dans la vie: la vieille musique américaine (il joue  lui-même du banjo dans un duo hillbilly garage appelé Thee Verduns) et le roman noir, de préférence américain lui aussi (Raymond Chandler, Dashiell Hammett, Chester Himes…). « La mort n’est pas une excuse », son nouvel album, lui permet d’associer les deux avec un enthousiasme des plus contagieux. Un joueur de banjo se retrouve au petit matin d’une soirée beaucoup trop arrosée avec un flingue en lieu et place de son instrument dans son étui. Cette trouvaille peu banale aurait-elle quelque chose à voir avec ce gigolo de leur connaissance, sauvagement poignardé la nuit précédente de 17 coups de couteau? Les coïncidences n’existent pas dans les petites villes. Voilà un sacré bon début de polar. L’intrigue qui suit aurait quand même mérité d’être un poil plus développée même si, en 48 pages, on ne pouvait pas non plus s’attendre à dix mille rebondissements, c’est sûr. Reste qu’on a pris du plaisir à la lecture de cet album, qui nous a en plus donné envie de fouiller la Toile pour dénicher les innombrables références jazz, folk ou blues auxquelles les personnages font sans cesse allusion au fil des pages. On n’aurait sans doute jamais découvert, par exemple, la sublimissime version de « St. James Infirmary » par Dave Van Ronk sans ce livre et rien que pour ça nous lui rendons grâce.

tete-de-marron« Tête de Marron »
Marion Mousse
Treize Etrange / Glénat
17 x 24,8 cm
80 pages

www.glenatbd.com
>> voir planche

Que feriez-vous si on vous proposait un million de dollars pour endosser la responsabilité d’un meurtre que vous n’avez pas commis et qu’on vous garantissait une peine minimum? C’est le dilemme auquel sont confrontés les clients d’une pizzeria de Las Vegas, dans les 60s. Suite à une dispute qui a mal tourné, le crooner Frank Sinatra a en effet commis l’irréparable. Son impresario propose alors aussitôt ledit marché aux témoins de la scène pour que la réputation de la vedette reste intacte. Mais il faut faire vite car un officier de police passera chercher sa pizza comme chaque jeudi soir dans une heure, et un cadavre dans une assiette, ça fait désordre. Qui, du fan transi, du vieux couple à la dérive, des jeunes mariés ivres morts ou du personnel de la pizzeria, a suffisamment peu à perdre pour accepter la proposition? Unité de temps, de lieu et d’action: on tenait les conditions idéales pour un merveilleux huis clos théâtral. Ce qui est partiellement le cas: on aurait en fait préféré rentrer un peu plus vite dans le vif du sujet et rester plus longuement sur les tergiversations des personnages. Ceci dit, cet épisode de la vie de Sinatra –rappelons-le, inventé de toute part par le dessinateur Marion Mousse- dont les liens avec la mafia ne sont plus à démontrer (on parle de Franky, hein, pour Marion Mousse tout reste à prouver), demeure somme toute parfaitement crédible. Au passage, on croise les doigts pour que Tarantino tombe sur cet album car on est persuadé qu’il en ferait un grand film.

levangile-selon-judas« L’Evangile selon Judas »
Alberto Vazquez
Rackham
17 x 24 cm
144 pages

www.editions-rackham.com
>> voir planche

En revanche, pour une éventuelle adaptation cinématographique de « L’Evangile selon Judas », on penserait plutôt à David Lynch. Ou à la rigueur à Alejandro Amenábar, pour rester en terre ibérique. Vous comprendrez qu’on passe ici à un mode de narration beaucoup plus abstrait. Le dessinateur espagnol Alberto Vasquez fait en effet voler en éclats les codes habituels de l’autobiographie. L’auteur tente de sublimer ses propres angoisses existentielles au travers de l’histoire de Judas, petit écureuil taciturne, complexé et chétif (on pense parfois aux souris déportées du « Maus » d’Art Spiegelman, c’est vous dire s’il respire la joie de vivre…) en prise avec un monde où la religion, le sexe, les éditeurs puissants, les talibans de la BD indépendante, les drogues et l’obsession de la mort compliquent absolument tout. Contrairement à « Alice au Pays des Merveilles », « L’Evangile selon Judas » aura du mal à supporter une lecture plus enfantine. Cette véritable descente aux enfers sous psychotrope trouvera donc au moins autant de détracteurs que d’adulateurs, mais on ne peut lui nier de réelles trouvailles visuelles (comme ce trait qui change plusieurs fois au cours de l’histoire, suivant l’état psychologique de Judas) et un univers tout à fait singulier. L’objet est aussi de toute beauté. A conseiller peut-être de préférence à ceux qui aiment accoler un « post- » ou un « avant- » à leur style de musique favori plutôt qu’aux fans d’efficacité pop.

les-bras-de-morphee« Les bras de Morphée »
Philippe Petit-Roulet
Editions Alain Beaulet
10,5 x 15 cm
24 pages
1.000 exemplaires numérotés

www.alainbeaulet.com
www.petit-roulet.com
>> voir planche

Un peu de simplicité et de candeur feront le plus grand bien après ça. Ce tout petit carnet sans paroles raconte donc l’histoire d’un dormeur qui aimerait bien pouvoir finir sa sieste tranquillement. C’est joli comme tout, plein de poésie et ça se lit en deux minutes, comme une parenthèse bienvenue dans le bruit et la fureur de nos vies quotidiennes. Le coup de crayon minimaliste de l’immense Philippe Petit-Roulet (allez voir son site pour sa carrière de dessinateur/réalisateur) est décidément parfait dans ce genre d’exercice. Ca coûte trois fois rien et l’objet est numéroté alors pourquoi se priver?

ca-narrive-qua-moi« Ça n’arrive qu’à moi! », Tome 1
Didier Tronchet
Futuropolis
21,5 x 29 cm
64 pages

www.futuropolis.fr
>> voir planche

Si vous n’avez jamais lu les mésaventures pathétiquement drôles de « Jean-Claude Tergal », il va falloir corriger ça au plus vite. Didier Tronchet revient en tout cas avec un nouveau personnage pour le moins inadapté au monde qui l’entoure. Prunelle est du genre utopiste écolo, bourrée de bonnes intentions, à défaut de toujours bien faire. C’est que la demoiselle enchaîne les gaffes comme Jean-Claude enquillait les râteaux. Bref, Prunelle se débat tant bien que mal dans sa vie de jeune femme indépendante, entre une mère accro à la télé et au téléphone, des co-propriétaires qui ont les moyens, un banquier un peu trop affectueux, un cabinet de naturopathie qui attire moins le chaland qu’espéré et des expressions idiomatiques involontairement remixées. La dernière chose dont elle avait besoin était bien de voir sa vie dans un sitcom à la télé! Et pourtant, toutes ses gaffes quotidiennes deviennent les gags du dernier feuilleton à succès. Est-elle simplement en train de tomber folle? Ou est-on en train de l’espionner? Prunelle va mener l’enquête… On vous rassure, cette première partie du diptyque « Ca n’arrive qu’à moi! » a le mérite d’élucider une partie de l’intrigue. Vous n’allez donc pas devoir attendre comme des benêts plusieurs mois avant d’avoir la clé du mystère, c’est toujours moins frustrant. Et Tronchet a quand même réussi à trouver une pirouette finale pour nous faire gamberger sur la suite de l’aventure. Bref, comme dit Prunelle, « ça démarre sur les rotules »…

sarah-cole« Sarah Cole: Une histoire d’amour d’un certain type »
Grégory Mardon,
d’après une nouvelle de Russell Banks
Futuropolis
21,5 x 29 cm
80 pages

www.futuropolis.fr
>> voir planche

Pourquoi, dans l’inconscient collectif, une belle femme succombant à un homme laid serait forcément plus « normal », plus « sain », qu’un bel homme sortant avec une femme peu avenante? Dans le premier cas, on imaginerait que la femme a été charmée par la personnalité de l’homme, alors que dans le second on soupçonnerait immédiatement une perversion ou une manipulation. C’est peu ou prou le sujet de cet album, adapté d’une nouvelle du romancier américain Russell Banks (qui signe d’ailleurs ici la préface). Il est beau, jeune, riche, éduqué et brillant. Elle est disgracieuse, entre deux âges, fauchée, un peu beauf et désabusée. Ils n’auraient donc même jamais dû se rencontrer et pourtant une histoire –d’Amour? de sexe?- va s’instaurer entre les deux protagonistes. Résistera-t-elle au regard des autres? La construction elliptique de l’histoire, entrecoupée de scènes muettes, amène efficacement vers un climax qu’on redoute depuis le début. Avec un très beau travail sur les ombres et la lumière, Grégory Mardon trouve les tons justes pour explorer le côté obscur du désir et de la passion.

lui« Lui »
Philippe Djian & Jean-Philippe Peyraud
Futuropolis
19,5 x 26,5 cm
176 pages

www.futuropolis.fr
>> voir planche

Ce n’est pas la première fois que Jean-Philippe Peyraud adapte pour la bande dessinée une œuvre du romancier Philippe Djian. Après la nouvelle « Mise en bouche », c’est à sa pièce de théâtre « Lui », publiée en 2008, que s’attaque aujourd’hui le dessinateur, toujours pour les impeccables éditions Futuropolis. Cloîtré dans son luxueux appartement, un homme se trouve aux prises avec trois superbes femmes (sa fiancée, son ex et une voisine éplorée) qui lui mènent la vie littéralement impossible. Tour à tour dominé ou manipulateur, pleutre ou déterminé, il sera prêt à tout pour échapper à la culpabilité, au fantasme, à la folie. Au fil des dialogues, se dessinent les profonds traumatismes qui rongent les personnages et le gouffre dans lequel ils sont tous en train de sombrer. Grâce à une astucieuse utilisation des couleurs, Peyraud parvient à donner une véritable cohérence au déroulement de ce terrifiant et violent huis clos psychologique. On serait maintenant curieux de voir la pièce sur scène. Une vraie réussite en tout cas.

90-livres« 90 livres cultes à l’usage des personnes pressées »
Henrik Lange
Editions Ça et Là
12 x18 cm
196 pages

www.caetla.fr
>> voir planche

Restons dans la littérature avec ce petit livre qui va vous sauver la face en société. Henrik Lange a en effet eu l’idée géniale mais un peu folle de résumer en une page 90 classiques de la littérature dont tout le monde parle sans souvent les avoir lus. Ou comment se la péter dans les dîners en s’éclipsant 2mn aux toilettes. En trois cases seulement, le Suédois arrive en effet à vous résumer des chefs d’œuvre aussi improbables que « Le Festin Nu » de Burroughs, « American Psycho » d’Ellis ou « Lolita » de Nabokov. Forcément, l’auteur est obligé de faire quelques raccourcis péremptoires souvent à mourir de rire, mais il faut avouer qu’il s’en tire plutôt pas mal. Et son trait est aussi vif que sa plume. Reste qu’il va vous falloir décider comment utiliser ce livre: pour ce qu’il est censé être, c’est à dire que vous ne lirez jamais les œuvres résumées (il révèle quand même le meurtrier des « Dix Petits Nègres » par exemple, donc c’est tout de suite moins drôle à lire par la suite…), ou bien juste pour vous marrer en constatant qu’on peut effectivement résumer la Bible ou « Le Seigneur des Anneaux » en trois cases. Dans les deux cas, ce livre vous sera vite indispensable.

Bonne lecture et au mois prochain!


Viewing all articles
Browse latest Browse all 40

Trending Articles